Abstract
Souhaitant rompre avec le modèle centralisateur qui domina
la scène politique brésilienne au cours des années
70 et 80, la nouvelle Constitution votée en 1988 préconise
la décentralisation, le transfert des pouvoirs et la mise
en oeuvre d'une démocratie participative. Pour cela, elle
délègue aux municipalités de nouvelles attributions
en matière de politiques locales. Et elle les contraint à
implanter certains instruments de gestion locale qui favorisent
l'initiative populaire et la participation, ouvrant ainsi un espace
de discussion et de délibération au niveau local.
Toutefois, un consensus s'élève actuellement pour
reconnaître les limites de cette décentralisation.
En effet, le transfert de l'autorité et du pouvoir au niveau
local ne semble pas être effectif. Par ailleurs, il semblerait
que les municipalités n'ont ni les moyens et ni la capacité
de décision et d´autonomie pour optimiser la gestion
de programmes et de projets qui accompagnent cette décentralisation.
La décentralisation aurait-elle déstructuré
la responsabilité de l'exécutif sans pour autant permettre
le transfert de l'autorité et du pouvoir public ?
En vue de faire le point sur cette situation, cette contribution
confronte les concepts de décentralisation et de gestion
participative avec les expériences et les projets réalisés
par des municipalités brésiliennes. Un des objectifs
de cette réflexion est de montrer la nécessité
d'implanter des mécanismes qui régulent et assurent
la participation pour rendre effective ou optimiser cette décentralisation
de pouvoirs. Cette publication s'inspire de deux expériences
de gestion participative, l'une concerne l'association " décentralisation-participation
" dans le domaine de la santé ; la seconde porte sur
le budget participatif.
Dès le début des années 90, des programmes
sociaux ont été implantés localement en partenariat
avec le secteur privé. Rapidement, ces programmes remportent
un franc succès en termes de résultats et de formation
de la population, succès qui se justifie principalement par
la participation effective de la communauté lors de l'élaboration
et de l'application de ces programmes. Actuellement, un premier
bilan montre la pérennité de ces actions d'éducation
et de formation. Près de 150 000 agents de santé,
répartis sur l'ensemble du territoire, vont, de maison en
maison, enseigner les notions de base de la nutrition, le suivi
des femmes enceintes et des nouveaux-nés, et la prévention
des maladies infectieuses. Parallèlement, le programme Municipio
Saudável devient le centre de toutes les attentions. S'appuyant
sur l'amélioration du cadre de vie (habitat, eau courante,
égouts, transports collectifs, emploi, éducation et
santé), l'objectif de ce programme vise à offrir à
tous les habitants les moyens d'exercer leur citoyenneté.
Il s'appuie sur le principe de la participation et comprend la concertation
des gestionnaires publics, des agents économiques et des
citoyens. Les conditions sont donc réunies pour garantir
l'exercice de la citoyenneté et l'élimination des
inégalités.
Dans le domaine de l'aménagement du territoire, le budget
participatif est un exemple typique du modèle de gestion
participative locale. Respectant le principe de la gestion démocratique
de la ville, l'élaboration de ce budget implique la concertation
et la participation des différents groupes que constituent
la société. Il occasionne de véritables moments
de discussions et d'échanges sur l'avenir souhaité
de la commune. Il permet aux habitants d'apprendre l'usage de leurs
droits et d'exerciser leur citoyenneté. Par ailleurs, en
vue de répondre aux diverses demandes formulées par
les habitants en matière d'emploi, de formation, de santé,
plusieurs projets sont mis en oeuvre par la municipalité.
Et ces projets, qui accompagnent ce processus de gestion, permettent
localement un développement qui prend en compte l'environnement
et la diversité culturelle tout en assurant un développement
économique et social.
Enfin, un dernier point sera soulevé, celui de la profusion
des termes liés à la participation. Il est fréquent
que soient regroupés, dans une certaine confusion, la participation,
la décentralisation, la démocratie ou encore le respect
des libertés, termes souvent utilisés pêle-mêle
dans l'idée de satisfaire le courant politique actuel.
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