Abstract
Mon idée en proposant ce titre est de discuter la validité
d'une thèse très diffusée à propos des
villes d'Amérique latine, celle de la mise en application
d'un modèle urbain devenu presque paradigmatique, le modèle
Barcelone . Un très grand nombre de responsables et d'experts,
de l'Argentine à la Colombie, de Buenos Aires à Recife,
en passant par Porto Alegre, font référence à
ce "modèle" . En même temps, il reste un
peu énigmatique . Certains, quand ils le décrivent,
font allusion à une nouvelle fonctionnalisation de l'espace
urbain bâti, dont la réalisation serait dirigée
par les municipalités, d'autres mettent plutôt l'accent
sur la prise en compte des habitants des zones en cause, aux politiques
de logements et de qualification qui leur sont appliquées
.
A y regarder de plus près, ce qu'on peut appeler le projet
urbain, dans beaucoup de villes de l'Amérique latine, à
l'instar de ce qui s'est passé en Europe, c'est une tentative
de combiner la mise en oeuvre d'une gestion urbaine de gauche, portée
par des idées qui circulent au niveau international et dont
sont partie prenantes les organisations internationales et la réalité
sociale des sociétés urbaines malmenées par
les pressions et les contraintes des politiques d'ajustement, tout
cela combiné avec un assez net ralentissement de la croissance
qui laisse supposer qu'on peut intervenir sur un projet à
long terme .
Quand on pense au passé récent des villes latino-américaines,
on a tendance à penser en termes de chaos du à une
cause précise, le rythme effréné de la croissance
urbaine dans les années 1950-1985 . En fait, cette période
de rythme de croissance folle a coincidé avec la diffusion
des idées sur l'urbanisme fonctionnaliste, idées diiffusées
légèrement en retard par rapport à l'Europe
. Chaos a voulu dire : engloutissement des idées par les
effets du rythme de croissance, par l'endettement des villes, par
l'insolvabilité d'une grande partie de la population, par
la dérive spéculative .
Beaucoup de villes font aujourd'hui des plans stratégiques
qui incluent le retour à la ville, ce qui laisse supposer
que les immenses extensions périphériques - qu'elles
soient riches ou pauvres - ne reflètait pas l'urbanité
.
Ces programmes sont sous-tendus par deux idées :
- L'une, c'est de peser sur une tendance structurelle-économique
au retour, en faisant implicitement le choix de la classe moyenne
(mais de quelle classe moyenne ¿) de la même façon
que dans les villes européennes, pour revenir en ville .
- L'autre idée, c'est aujourd'hui le coût immense d'une
extension urbaine consommatrice d'espace, de services, de tractations
entre municipes pour la mise en place de services spatialement coordonnés,
et en même temps privatisés .
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