N-AERUS Annual Seminar
Paris, 15-17 May 2003


BEYOND THE NEO-LIBERAL CONSENSUS
ON URBAN DEVELOPMENT:
OTHER VOICES FROM EUROPE AND THE SOUTH

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Catherine BARON
Gouvernance et pauvreté urbaines. Concepts polysémiques et débats contradictoires

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Abstract

La mondialisation des économies a suscité de nouvelles pratiques et des représentations originales en matière de régulation dans le domaine urbain (qu'il s'agisse des services urbains, du foncier, etc.) dans les villes du Sud, tant au niveau local qu'à des échelles que l'on pourrait qualifier de globales. L'élaboration et la diffusion dans les sciences sociales et chez les praticiens du développement du terme de gouvernance depuis les années 80 visait à prendre en compte ces mutations, notamment à partir de l'étude des interactions entre les dynamiques transnationales, les logiques nationales et les initiatives locales, tout en considérant la porosité croissante des frontières entre public et privé qui engendre de nouveaux modes d'action publique, notamment dans le domaine des politiques urbaines. Cependant, la polysémie du terme de gouvernance a très rapidement engendré des confusions de sens et des ambiguïtés. Elle rend difficile une définition unique, stabilisée, de la gouvernance. Même si le terme de " good governance " et ses présupposés idéologiques, méthodologiques, et théoriques dominent, faut-il pour autant abandonner ce terme qui peut être véhiculé sous d'autres acceptions ? Ces diverses acceptions renvoient à des débats que nous aborderons à travers différents points.

" Tout d'abord, sur le plan théorique, on oscille entre une approche normative qui cherche à élaborer des critères de " bonne gouvernance " à des approches " positives " qui, partant d'une remise en cause de la rationalité instrumentale, économique, et de l'idée de hiérarchie, abordent la gouvernance à partir des apports de travaux fondés sur le concept de " rationalité procédurale " [Simon, 1976], sur des analyses dynamiques en termes de processus, de dynamiques institutionnelles, sur la mise en œuvre de modes consensuels de gouvernement.

" Des ambiguïtés surgissent par ailleurs lorsque l'on considère l'un des aspects au centre d'une problématique en termes de gouvernance, à savoir les interrelations entre Etat, marché et Société civile dans le cadre de la mise en oeuvre de politiques publiques. L'analyse de ces interactions est au cœur d'un débat qui oppose les partisans d'une " good governance ", synonyme d'une prédominance du pôle du marché, à ceux qui raisonnent en termes d'hybridation des trois pôles que constituent le marché, l'Etat et la société civile.

En effet, d'un côté, on va chercher à définir des outils qui limitent les entraves au bon fonctionnement du Marché, notamment à travers des politiques de privatisation (des services publics par exemple), de déréglementation, etc. La Banque Mondiale est le principal diffuseur de cette acception de la gouvernance [Banque Mondiale, 1992] qui vise à élaborer des critères de " bonne gouvernance ", ce qui explique que cette vision soit à l'heure actuelle largement dominante. Le contexte est celui de l'échec des plans d'ajustement structurel dans les pays en développement et de la nécessité de trouver de nouveaux modes de gouvernement face à une pauvreté croissante, à une stagnation de la croissance et à une succession de crises, en particulier en Asie. On assiste alors, au cours de cette décennie 90, à la reformulation du consensus de Washington. La nouvelle doctrine véhiculée réintroduit l'Etat tout en respectant le cadre conceptuel de l'analyse néo-classique, c'est à dire en conservant la référence à la rationalité instrumentale et à l'efficacité économique. Il convient d'élaborer une théorie de l'Etat, sans pour autant remettre en cause la suprématie du marché, ce que permet la théorie du Public Choice qui va fournir le cadre conceptuel à l'idée de " good governance ". Cette théorie s'attache à formaliser l'efficacité de l'action publique, l'efficacité renvoyant aux conditions nécessaires pour que fonctionne la libre concurrence. Cela se traduit par l'élaboration de règles (les meilleures reposant sur le contrat, la concurrence), l'utilisation d'outils tels que de nouveaux types de contrat, de nouvelles formes de réglementation, une nouvelle gestion publique. On s'accorde désormais à penser que l'économie de marché ne peut exister sans intervention de l'Etat, mais l'Etat ne doit renforcer l'action du marché que lorsque ce dernier connaît des " défaillances " comme ce peut être le cas dans le domaine de l'éducation, des infrastructures ou de la santé. Ces interventions doivent d'ailleurs être orientées vers des populations cibles, par exemple vers les plus démunis. C'est toute l'évolution du discours de la Banque Mondiale sur la question de la pauvreté qui est sous-jacente. Les travaux d'A. Sen vont être utilisés par la Banque Mondiale à cette période. De même, on énonce les critères de bonne gouvernance à respecter, à savoir la responsabilité, la transparence, un état de droit et la participation d'une pluralité d'acteurs [Banque Mondiale, 1994]. L'intervention de l'Etat n'est efficace que si elle s'effectue dans le cadre de règles précises (d'où la définition généralisée de droits de propriété dans divers domaines, par exemple en matière de gestion foncière), dans la transparence et en l'absence de corruption. Dans ces approches, on définit, ex ante, les structures de gouvernance les plus efficaces. Le modèle véhiculé est d'essence libérale, et il s'accompagne d'une doctrine, analysée avec précisions par certains auteurs [Osmont, 1998], qui énonce que le marché reste au centre de la conditionnalité. Dans ce cas, le politique reste subordonné aux contraintes du marché, et de l'économique.

De l'autre côté, on va s'attacher au contraire à contrecarrer certains effets négatifs d'une marchandisation croissante et à minimiser les coûts sociaux engendrés. Aux côtés des analyses précédentes qui valorisent essentiellement les modes de gouvernance permettant d'accroître l'efficacité de l'action publique, on trouve des approches qui se posent la question de l'existence de formes alternatives à la coordination marchande. Une première étape a été franchie avec les travaux des institutionnalistes [Williamson, 1979] pour qui la firme et le marché correspondent à des formes alternatives de coordination. Cependant, ces analyses restent insuffisantes car elles restent enfermées dans le cadre économique et ne prennent pas en compte la dimension dynamique, processuelle de la coordination. Les apports de l'Ecole de la Régulation [Boyer R., Dehove M., 2001, Théret B, 1998], ou du groupe de recherche sur la proximité [RERU, 1993 ; Rallet et Torre, 1995 ; Bellet, Kirat et Largeron, 1998 ; Gilly et Torre, 2000 ; Gilly et Wallet, 2000]. apportent des éléments de réflexion théoriques intéressants.

" Ces constats amènent à s'interroger sur la place de la société civile face au Marché et à l'Etat. Alors que dans un cas, on présuppose une hiérarchisation des trois pôles afin d'élaborer des critères de " bonne gouvernance ", dans l'autre cas, on tente de voir comment réaliser une véritable articulation entre ces trois pôles, articulation difficile à penser a priori. La question de la pauvreté sera abordée de façon très différente selon que l'on se place dans un cadre ou dans l'autre.
Le rôle da la société civile, qui renferme tout un ensemble d'acteurs hétérogènes (organisations non gouvernementales, associations de quartier, réseaux informels, etc.), présente aussi certaines ambiguïtés et fait l'objet d'analyses parfois opposées. Dans les discours de la Banque, il ressort que l'on doit " mobiliser les groupes pour qu'ils participent aux activités économiques, sociales et politiques " (Banque Mondiale, 1997). La problématique du développement - ou de la démocratie - participative devient centrale. En effet, face au désengagement de l'Etat, on réalise que la société civile a pris en charge un certain nombre de problèmes, comme c'est le cas dans le domaine des services publics. A nouveau, un débat émerge quant au rôle de la société civile dans le processus de gouvernance. Le débat porte surtout sur le fait que, dans certains cas, les initiatives menées tendent vers une instrumentalisation de la part de l'Etat qui souhaite exercer un contrôle sur ces initiatives populaires plus ou moins spontanées. Dans d'autres cas, la société civile cherche à assurer, dans une certaine autonomie vis-à-vis de l'Etat et/ou du marché, sous des modalités originales, de nouvelles formes de gouvernance. On s'interroge alors sur la place de la société civile face au Marché et à l'Etat, et sur l'élaboration possible d'un nouveau modèle de partenariat impliquant la population. Cependant, la question de la légitimité se pose dès lors que l'on attribue du pouvoir à des associations, des organisations non gouvernementales, et donc à la société civile, même si, dans de nombreux cas, on peut discuter de la réalité de ce pouvoir en matière de prise de décision.

" Enfin, le débat se focalise sur l'articulation entre diverses échelles de prises de décision, sur l'imbrication entre le local et le global. La gouvernance locale désigne les transactions entre acteurs qui proviennent certes d'espaces différents et se rattachent à des univers normatifs variés, mais qui ne coopèrent entre eux que dans un seul espace, par exemple au sein d'une collectivité urbaine, d'un quartier. Par conséquent, même si les interactions entre le local et le global sont essentielles, elles sont abordées de façon particulière, par exemple à travers la nature des règles qui s'imposent aux acteurs locaux, règles qu'ils peuvent d'ailleurs modeler. On se situe en quelque sorte à un niveau méso-économique, compris comme une articulation, voire une imbrication, entre des dispositifs de régulation locaux et des dispositifs institutionnels globaux. La gouvernance mondiale, globale ou multi-niveaux (" multi level governance ") renvoie, quant à elle, aux transactions qui s'opèrent dans plusieurs espaces, de façon simultanée ou non, l'idée d'un enchevêtrement des niveaux d'interaction (international, européen, régional, municipal, etc.) remettant en cause une hiérarchisation possible de ces diverses échelles. De ce fait, la problématique diffère si l'on s'interroge sur les interactions entre acteurs à un niveau local, même si on tient compte de l'incidence de normes élaborées à un niveau plus global - comme c'est le cas de la gouvernance locale ou urbaine -, ou si l'on considère ces interactions à un niveau global. Les règles du jeu à définir au niveau mondial soulèvent encore, dans de nombreux domaines (par exemple en matière d'environnement, en matière de biens publics mondiaux), des problèmes non résolus.


Nous nous inscrivons à la fois dans la thématique 1 du séminaire sur le décryptage des hypothèses qui sous-tendent les modèles néo-libéraux en matière de gestion urbaine dans les pays du Sud, et notamment à travers les fondements qui ont permis la construction du concept de gouvernance. Mais notre proposition s'inscrit aussi dans la thématique 2 puisque les liens entre gouvernance et lutte contre la pauvreté sont complexes, dans la mesure où le concept de gouvernance n'est pas nécessairement assimilable à " good governance ". Les recherches menées sur la gouvernance par des chercheurs travaillant sur le développement local, la gouvernance urbaine et le rôle du pouvoir en économie, en proposant une vision de la gouvernance alternative à celle d'organismes tels que la Banque Mondiale, ne peuvent-ils être utilisés et valorisés pour véhiculer une autre acception de la gouvernance ?

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N-AERUS Annual workshop - Paris, 15-17 May 2003

N-AERUS: Network-Association of European Researchers on Urbanisation in the South
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