N-AERUS Annual Seminar
Paris, 15-17 May 2003


BEYOND THE NEO-LIBERAL CONSENSUS
ON URBAN DEVELOPMENT:
OTHER VOICES FROM EUROPE AND THE SOUTH

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F.Navez-Bouchanine
POLITIQUES URBAINES ET EXCLUSION SOCIALE AU MAROC :
SURESTIMATION DU PARAMETRE NEO-LIBERAL ET SOUS-ESTIMATION DU PARAMETRE URBANISTIQUE ?

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Abstract

L'exclusion sociale dans les villes marocaines (accès au foncier et au logement, accès aux services urbains) est un fait, à nuancer sans aucun doute, mais établi. Si de toute évidence, les transformations économiques introduites dans le sillage des politiques néo-libérales jouent un rôle dans cette exclusion, notamment par l'augmentation du nombre de pauvres et le renforcement de leurs difficultés d'accès aux biens et services urbains, il me paraît par contre difficile d'emboîter le pas à une " charge " contre les effets d'application de politiques urbaines néo-libérales, car ces dernières restent au Maroc fort peu déployées. Dans le domaine des politiques d'habitat, on ne peut en effet pas réellement parler de désengagement de l'Etat. La Banque Mondiale est par ailleurs très peu intervenue dans ce secteur au cours des vingt dernières années, malgré ses souhaits de le faire ; quand elle est intervenue dans les années 80, elle n'est pas nécessairement arrivée à imposer ses vues. Qu'on se rappelle par exemple les projets de restructuration que cette dernière a financés, et où le nombre de destructions et les standards d'équipement furent beaucoup plus élevés, in fine, que ce qui était initialement préconisé, entraînant des critique acerbes dès les premières évaluations par les experts de la Banque ; qu'on se rappelle aussi leur agacement, mille fois exprimé, à propos de la politique de péréquation, qui a pourtant été tirée jusqu'à ses dernières limites (fin des réserves foncières) par un organisme comme l'ANHI. On peut donc difficilement avancer que les politiques d'habitat menées au cours des vingt dernières années aient répondu à de quelconques pressions ou " diktats " extérieurs. Le cas n'est pas isolé puisque des travaux menés ailleurs (cf. notamment N.Taher sur l'Egypte) montre bien qu'entre le " diktat " éventuellement émis et la réalité des processus de projet, des écarts évidents sont perceptibles, lesquels apparaissent avec le processus de réappropriation/négociation politique interne. La cession aux grands groupes privés des services de l'eau et de l'électricité (auparavant tenus en régies, qui avaient faut-il le rappeler déjà des stratégies empruntées à la gestion privée) est certes un processus plus avancé et il aura probablement davantage d'incidences dans le futur. Mais les évaluations de ses effets restent à ce jour encore insuffisantes, et celles qui existent sont, pour l'instant, plutôt nuancées. A Casablanca, par exemple, un des effets positifs de l'arrivée de la LYDEC est le raccordement des bidonvillois au grand jour (qui n'est évidemment pas un acte de philanthropie mais un acte de rationalisation gestionnaire face aux " vols " de courant). Ce raccordement est venu mettre un terme à des refus répétés des autorités techniques et administratives, qui là comme ailleurs, ont rejeté l'idée, de manière constante au cours des 30 dernières années, d'apporter des améliorations qui risquaient de conférer une légitimité à l'occupation foncière par les bidonvillois.

C'est donc, par contre, sur la persistance de la domination d'une pensée urbanistique très normative dans l'ensemble des politiques urbaines que je voudrais ici attirer l'attention. Cette dernière reste en effet très forte et les difficultés à sortir de la doxa, d'une image de la ville aux normes spatiales rigides et de l'héritage de ce que Y.Chalas appelle le " complexe de Noé " (Annales de la Recherche Urbaine, n°42) sont très grandes malgré des tentatives répétées d'assouplissement, poussées par des acteurs publics plus clairvoyants. Tout ce qui ne peut être intégré ou hissé aux normes est donc exclu, exclusion traduite en installations péri-urbaines, ou en " résidus " intra-muros qui, faute d'avoir pu être éjectées ou évitées spatialement, le sont en termes d'équipement et de services. En ce qui concerne l'habitat clandestin (a priori plus facile à "intégrer ", on oscille par exemple depuis vingt ans entre tentatives de révision des normes pour prendre réellement en compte ce qui s'y passe et imaginer des projets futurs qui s'en inspirent -posture partagée par des acteurs publics, des ONG et des chercheurs en sciences sociales mais qui tarde à se mettre en place : grands discours suivis de grosses difficultés de mise en œuvre, avec notamment une résistance extrême des agences urbaines- et renforcement artificiel du fossé, matériel, social, juridique et symbolique, entre habitat formel et informel, comme en témoigne par exemple le récent retour (2001) d'un discours très volontariste et stigmatisant l'habitat insalubre avant tout pour son " illégalité ". Etant donné le contexte et la pression démographique, cette pensée dominante et très affichée va évidemment de pair avec une tolérance au quotidien pour toutes sortes de quartiers informels et par une aptitude à négocier, voire à induire à grande échelle, (cf. par exemple le PARHI, programme élaboré en 2002 ), des aménagements sur l'existant.

Cette posture à deux faces, l'une officielle et productrice de projets volontaristes, l'autre cachée, un peu honteuse, et comme par défaut, n'a ainsi malheureusement généré que des engagements très timides pour repenser la planification et la fabrication de la ville future. Elle pose de nombreux problèmes en termes de représentations de l'urbain et des interventions publiques à y mener chez les acteurs publics. Elle n'a pas non plus permis l'émergence d'un débat public ou d'un réel débat professionnel et technique sur la question de la révision -raisonnée, débattue, équitable - des normes dans un contexte où le laisser-faire génère, depuis plus de trente ans, l'acceptation d'une révision de facto de ces mêmes normes. Mais en tout état de cause, cette dernière apparaît ainsi comme un résultat des rapports de force politiques nationaux et locaux( et notamment de l'émergence des pouvoirs communaux et des alliances objectives entre acteurs, comme par exemple entre habitants et lotisseurs " clandestins "), de l'âpreté que mettent ces différents acteurs concernés par ces implantations à défendre leurs enjeux et du maintien du " fil rouge " qui sépare si commodément la ville " l'illégale " de la légale (alors que sociologiquement, ce clivage est peu opérant). Et non comme un effet de l'introduction de " politiques " ou de techniques de gestion néo-libérales. Ceci n'empêche bien sûr que l'Etat puisse accessoirement y trouver une justification a posteriori, notamment en alléguant de comparaisons internationales ou encore en se saisissant des mots d'ordre de gouvernance et de participation. Bref, ce à quoi conduit l'analyse de la situation au Maroc est une interrogation sur l'impact réel de " politiques urbaines néo-libérales ". En accordant à ces dernières une trop grande importance, ne court-on pas le risque d'occulter ce cercle vicieux qui unit " complexe de Noé " et " laisser-faire "? Par contre, privilégier cette critique conduit obligatoirement à engager un débat de fond sur tous les impacts possibles d'une révision des normes, dans l'ordre économique qui s'installe. Elle conduit aussi à s'interroger sur les conditions sociales et politiques auxquelles une reconnaissance explicite d'une certaine flexibilité des normes ne conduirait pas à pire résultat que le laisser-faire actuel.

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N-AERUS Annual workshop - Paris, 15-17 May 2003

N-AERUS: Network-Association of European Researchers on Urbanisation in the South
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